Monthly Archives: February 2014

Fake your death.

(Parce que mon blog, c’est aussi ça. C’est ma vie. Mes goûts. Et leur banalité frappante.)

Fake your death. Les imperfections d’une démo, une réalité qui a rattrapé les paroles, la teinte des adieux. La réalisation que ce sera la dernière fois de ma vie que j’entendrai une nouvelle chanson de My Chemical Romance. Les images du “clip” défilent, les souvenirs se superposent. Il y a 7 ans, je n’étais pas la même personne, je n’avais pas la même vie, ni les mêmes ambitions. De la gouaille punk des vampires à l’electro-rock des killjoys, leur évolution a souligné les étapes de ma vie, de l’adolescence à l’âge adulte. De la même façon que vos parents vous tiennent la main lorsque vous êtes enfant, puis, un beau jour, vous laissent marcher seul. My Chemical Romance a réalisé la prouesse de tenir la main à des milliers d’adolescents perdus, qui attendaient seulement qu’on leur indique le chemin, leur chemin. Ils ont fait leur travail, et bien plus. C’est peut-être une aventure qui se termine, mais pour personne ce n’est la fin du chemin. Ils nous ont armés pour continuer, pour regarder en avant. Pour ne pas avoir peur de marcher seul.

My Chemical Romance, “the life-saving band”.

Merci.

(17/02/2014)

La normalisation de la haine.

34% des Français adhèrent aux idées du Front National. Bon ben, voilà. Un article sur la normalisation de la haine en France me trottait dans la tête depuis un bon moment. Je pense que là, c’est le moment.

Je n’ai pas envie de lancer un débat politique. Mais alors, aucune envie. Vous me direz que 34%, cela donne au moins 60% de gens qui sont d’un avis contraire. Oui. Mais ça fait quand même plus d’un tiers des Français qui sont prêts à fermer les yeux sur la rimbambelle de conneries débitées par son dirigeant au cours du XXe siècle, sous prétexte d’un “sentiment d’insécurité croissant”, qu’on n’est “plus chez nous”, et qu’il n’y a plus de sous dans les caisses. Oh, parce qu’il est vrai que plonger la France en autarcie, revenir au franc et se retirer des marchés mondiaux va résoudre tous les problèmes. Bien sûr. Non mais continuez comme ça, hein, je vais chercher le popcorn.

Aujourd’hui, en France, il faut donc haïr. Qu’on adhère aux idées du FN ou non d’ailleurs, avant que vous ne commenciez à me jeter des tomates. Il y a deux ans, j’avais un professeur de français qui avait déclaré qu’ “aujourd’hui, vous ne verriez jamais la ligue antisémite défiler dans la rue”. Oh, il fallait seulement attendre. On a eu droit à la ligue antisémite, la ligue homophobe, le comité francilien de défense du franc, le collectif en colère contre l’éolien industriel, et une dizaine d’autres groupuscules défilant joyeusement (ah non, pardon) dans les rues de Paris, entre quenelles et saluts nazis contestés, ré-affirmés, re-contestés, jusqu’à ce qu’on s’y perde et on ne s’y retrouve plus.

Aujourd’hui, en France, si on ne hait pas, on fait partie du lobby-juif-LGBT-de-la-dictature-hollandienne-sous-le-contrôle-des-méchants-médias-qui-ne-nous-disent-pas-tout. Mais quelle vie de chien, mes amis ! Il est tellement dur de se faire son propre avis, avec plus d’une dizaine de quotidiens nationaux, plus qu’une quarantaine de quotidiens régionaux, et autant d’hebdomadaires s’étirant de l’extrême-gauche à l’extrême-droite.

Haïssez donc, on risquerait de vous traiter de lâche sinon. Haïssez les Juifs, les Arabes, les gays, les trans, les Anglais, les Américains, l’Union Européenne, les Russes, haïssez. Vous coulerez la France encore plus rapidement qu’en restant là, assis, à critiquer sans avoir une idée pour faire bouger les choses, ne serait-ce que d’un millimètre. Haïssez, et vous perdrez non seulement votre pays, mais aussi votre identité. Haïssez, et cette patrie que vous voulez si chèrement défendre finira par s’écrouler, dévorée par les mites de la peur et de la haine. Allez, faites votre Charles Martel, attribuez-vous un semblant d’héroïsme, tentez de vous convaincre d’un courage qui vous a quitté depuis longtemps.
Seulement, ne venez pas ensuite larmoyer sur les ruines d’une République que vous aurez saccagée, à coups de discours xénophobes et rétrogrades.

Je ne sais pas quelle est votre devise, mais la mienne est Liberté, Egalité, Fraternité. Alors que je me demandais déjà franchement où étaient passées les deux dernières, j’avais encore de l’espoir pour la liberté. Puis je me suis rendue compte d’un phénomène tout beau tout neuf: l’auto-censure.

Alors qu’il devient parfaitement normal de dire qu’on vote extrême-droite lors d’un dîner, moi j’ai hésité plus d’un mois avant d’écrire et de publier cet article. Parce qu’être modérée (et oui, je le suis, malgré ce court intermède), c’est être lâche aujourd’hui. C’est être hypocrite. C’est se soumettre à la “dictature des médias”. L’opposition, le rejet, la peur et la haine sont les seules positions acceptées.

Il est beau, l’avenir. Il n’est peut-être pas en France, d’ailleurs.

(12/02/2014)