Category Archives: Culture

Pourquoi “Pride” est important

Il y a à la fois tout à dire sur Pride, et rien, comme si le film se suffisait à lui-même. Ce qu’il est en revanche important de dire, c’est que tout le monde devrait aller le voir. Tout le monde DOIT aller le voir. Ce n’est pas qu’un film sur le militantisme LGBT; c’est aussi et surtout l’histoire d’un groupe de jeunes et moins jeunes déterminés à soutenir les victimes d’une cause qui est en certains points semblables à la leur. Qui, lorsque la police les laisse respirer, se précipitent derrière elle pour secourir ses nouvelles victimes. Qui, habitués à se faire siffler dans la rue et descendre dans les journaux, ne tombe pas dans le piège de la propagande Thatchérienne. Qui se retroussent les manches pour aller récolter des fonds pour des gens avec lesquels ils n’ont a priori rien en commun, et qui ont même pour certains été leurs bourreaux.

Pride n’oublie pas non plus des sujets plus propres à la communauté LGBT, de l’acceptation de son orientation sexuelle aux divergences entre mouvement lesbiens, féministes et gays, en passant par la très importante ré-appropriation des insultes destinées à la communauté, en les transforment en identités brandies fièrement. Il n’oublie pas non plus qu’à côté du militantisme, la vie continue, avec ses hauts, ses bas, et notamment les agressions et les débuts du SIDA.

Pride est un film qui est gorgé de bons sentiments, et qui subira sans doute le retour du bâton sur ce point. C’est certes un “feel-good movie”, mais qui a néanmoins le mérite de souligner un événement historique rapidement oublié. Un petit bijou qui montre que, malgré les différences, nous sommes tous des êtres humains lorsque nous nous battons pour une cause commune, et que même si cela paraît surfait, la solidarité et l’entraide permettent d’accomplir de grandes choses. Vraiment.

(A voir en VO, pour le délicieux accent gallois. A voir également pour Lavande Brown, Dolorès Ombrage, Moriarty et Rudy, en dehors de leur environnement naturel.)

The Strypes, tout simplement.

The Strypes, ou comment se prendre une grande claque dans la figure. Dès les premières notes, “ça calme”, comme dirait l’autre. Ca renvoie la première partie noyer son chagrin au bar, car oui, The Strypes fait mieux que ce que la plupart de nos braves groupes locaux ne pourront jamais faire. Et puis il faut dire que commencer par “What a shame”, leur dernier tube, c’est pas très fair-play envers les balbutiements du groupe d’avant. Mais les Strypes ne sont pas là pour être fair-play. Ils sont là pour faire du rock, du vrai, et s’acquittent de leur mission avec un professionnalisme qui frappe pour leur jeune âge. C’est propre, net, précis, comme leur logo. Blanc sur noir.

Passé le choc de la première chanson se presse une foule de questions: mais ils jouent depuis combien de temps pour arriver à CA, aussi jeunes ? Et ils connaissent comment le blues d’abord ? On n’est pas censés critiquer les parents en vénérant Kurt Cobain à cet âge-là ? Et ils ont le droit de voyager sans autorisation parentale ? Et ils ont déjà vécu ce dont ils parlent ? (Oui, Liv, ils n’ont pas 12 ans non plus.)

Non, vraiment, ils sont vexants. Ils n’ont même pas la grosse tête, le chanteur jouant habilement avec son public comme s’il avait fait ça toute sa vie, avec assez de bagoût pour être une rock star, mais pas assez pour être arrogant. Et avec une voix particulière, en plus de ça, qui fait de lui non pas un chanteur par défaut, mais quelqu’un qui chante juste et s’en amuserait presque. Puis il n’y a qu’eux pour introduire l’harmonica dans un concert de rock sans endormir leur public, ni leur donner l’impression qu’ils ont été téléportés au Texas sur un taureau en plein rodéo (et finir avec le même mal de tête). Ils ont également de bonnes références, pour reprendre Rockaway Beach des Ramones en rappel. Même si on devait être 5 dans la salle à la connaître.

Bref. Ces petits Irlandais iront loin, eux qui comptent déjà parmi leurs fans Roger Daltrey, Noel Gallagher, Jeff Beck, Miles Kane, ou encore Elton John. Excusez du peu, alors que le plus vieux d’entre eux fêtera ses 19 ans en septembre, et que le chanteur n’a que 17 ans.

Fake your death.

(Parce que mon blog, c’est aussi ça. C’est ma vie. Mes goûts. Et leur banalité frappante.)

Fake your death. Les imperfections d’une démo, une réalité qui a rattrapé les paroles, la teinte des adieux. La réalisation que ce sera la dernière fois de ma vie que j’entendrai une nouvelle chanson de My Chemical Romance. Les images du “clip” défilent, les souvenirs se superposent. Il y a 7 ans, je n’étais pas la même personne, je n’avais pas la même vie, ni les mêmes ambitions. De la gouaille punk des vampires à l’electro-rock des killjoys, leur évolution a souligné les étapes de ma vie, de l’adolescence à l’âge adulte. De la même façon que vos parents vous tiennent la main lorsque vous êtes enfant, puis, un beau jour, vous laissent marcher seul. My Chemical Romance a réalisé la prouesse de tenir la main à des milliers d’adolescents perdus, qui attendaient seulement qu’on leur indique le chemin, leur chemin. Ils ont fait leur travail, et bien plus. C’est peut-être une aventure qui se termine, mais pour personne ce n’est la fin du chemin. Ils nous ont armés pour continuer, pour regarder en avant. Pour ne pas avoir peur de marcher seul.

My Chemical Romance, “the life-saving band”.

Merci.

(17/02/2014)

Le Hellfest, review d’une accro pourtant pas metalleuse.

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(25 juin 2013)

Bon, je l’avoue, j’ai un péché mignon pour les basses (et les bassistes, SOIT.). Pourtant, je n’ai pas vraiment de metal dans mon iPod. J’ai beau faire le tour, il y a beaucoup de groupes, des glorieux, des moins glorieux, pas un dont j’ai honte, la musique, c’est une question de goûts, mais pas de metal, non. D’ailleurs, j’ai même du regarder sur Wikipedia si on mettait l’accent aigu ou non. Pourtant, le Hellfest, c’est mon péché mignon. Alors les mentalités ont changé, ou mes interlocuteurs aussi, et certes, dire que je vais au festival de l’Enfer ne provoque plus les mêmes réactions qu’il y a quelques années. (Ca ne fait pas non plus dix ans que j’y vais, juste trois.) “Toi, une fille, aller au Hellfest ? *petit rire* Non, mais, sérieusement ? T’as vu les invasions de gothiques dans Clisson ? C’est pas que des gros bourrins, t’as pas peur ?” Alors non, ça je n’ai jamais eu peur. La première fois que j’y suis allée, j’ai eu l’impression de débarquer à Woodstock, remarque que j’ai relue dans un autre article il n’y a pas très longtemps. Il y a plus de gens déguisés en Bob l’éponge que de gothiques, déjà. L’ambiance est détendue, il y a pas mal de familles, et on dirait une grande bande de Canadiens qui s’excuse dès qu’on s’approche un peu trop près de vous ou on vous bouscule. Et puis bah quand un mec défoncé se sert glorieusement dans votre assiette de frites, vous n’allez pas lui mettre une baffe non plus. Déjà, vous auriez plus mal que lui, et puis il a bien un ami qui va venir le rechercher pour le diriger ailleurs, et rien ne sert de s’énerver. Et ça, tout le monde l’a bien compris. Les gens sont là pour l’amour de la musique, pour passer un bon moment avec des gens qui eux aussi veulent passer un bon moment, et aussi simple que ça puisse paraître, ça fonctionne. Alors oui, après une certaine heure, certains sont passablement éméchés, et un souvenir que je chéris tout particulièrement est un jeune homme qui était tout content de me montrer le chaton sur son briquet. Vous allez me dire, payer 80€ pour observer les gens, c’est un peu léger non ? Certes, ça le serait. J’ai eu la chance de tomber chaque année sur un jour avec une programmation plus calme, correspondant plus à mes goûts musicaux (oui, je m’en fous de ceux qui râlent chaque année sur la page du festival parce que ce ne sont que des vieux qui passent sur les Main Stage), et donc de voir des groupes mythiques comme Scorpions, Thin Lizzy, Apocalyptica, Guns’N’Roses, UFO, Hammerfall, ZZ Top, Kiss, et j’en oublie sûrement. La première fois que j’ai foulé les terres de l’Enfer, je n’avais pas beaucoup de festivals à mon actif, juste une fois La Nuit de l’Erdre, vite fait, mais alors très très vite fait hein. J’ai été émerveillée. Comme je l’ai déjà dit, j’avais l’impression de revivre Woodstock, assise sur l’herbe en écoutant un groupe mythique. Maintenant, après avoir testé le Main Square, Rock en Seine, et les Vieilles Charrues, ce qui n’est pas extraordinaire comme palmarès mais constitue un petit éventail, je me rends compte que ma première impression était la bonne. Je n’ai retrouvé cette ambiance nulle part ailleurs, et je le dis, je le répète: si l’Enfer ressemble à ça, j’y cours.

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Mud. Un film couleur d’ocre, surnom, nom d’un des protagonistes. Une atmosphère lourde et stressante, surtout quand on n’a pu s’empêcher de lire “drame” sur le programme. Le jeune héros, Ellis , nous entraîne dans sa propre quête sur la réalité de l’amour. Tiraillé entre des parents sur le point de se séparer et un vagabond qui a passé sa vie à attendre son premier amour, il choisit avec son pote Neckbone d’aider Mud à échapper à des chasseurs de prime. Je n’aurais pas voulu le voir autrement qu’en VO, l’accent de l’Arkansas ajoutant un côté brut de décoffrage se mariant parfaitement avec l’histoire. Le scénario ne part pas dans des développements loufoques ou des poursuites irréalistes entre les méchants et les gentils, reste bien ancré dans le réel, et la fin demeure surprenante. Pour une fois, je suis d’accord avec les critiques, qui sont quasiment unanimes: c’est un chef-d’oeuvre.

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(23 mai 2013)

Londres, une ville où l’on vous accorde le droit d’être différent.
Il était temps que je mette des mots sur mon amour pour cette ville. Londres, c’est la ville aux mille couleurs. Londres, c’est un endroit où certes, des personnes venues des quatre coins de la planète se côtoient, comme dans de nombreux endroits désormais, mais se respectent également. Londres, c’est une ville où la galanterie subsiste parfois, et où l’humour va bon train. Londres, ce sont des cheveux de toutes les couleurs: bleus, rouges, verts, violets, gris, et qui pourtant n’attirent pas plus les regards que s’ils étaient blonds ou bruns. Londres, c’est Camden et sa joyeuse cacophonie, ses odeurs d’encens et ses anciennes étables abritant des fripes. Londres, ce sont des bus fonçant tête baissée sur les passants étourdis par la droite qui est devenue gauche. Londres, c’est une ville où les gens se parlent, même s’ils ne se connaissent pas. (Et oui, c’est encore possible.) Londres, ce sont les néons de Soho et ses drag queens brandissant leurs plumes sur des décapotables grises. Londres, ce sont des parcs où s’allonger après avoir marché pendant des heures. Londres, c’est Piccadilly Circus la nuit, festival de couleurs sur de vieux bâtiments protégeant, bienveillants, une nuée de touristes émerveillées. Londres, c’est un métro propre avec des voyageurs polis. Londres, ce sont mille tenues de toutes les formes et de toutes les teintes. Londres, c’est une ville où les gens se regardent et s’apprécient, où la différence n’est pas seulement tolérée mais intégrée. Dans une ville où chaque individu est unique et le revendique, la différence ne fait plus peur: elle devient une richesse.

The Clash – London Calling