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Fake your death.

(Parce que mon blog, c’est aussi ça. C’est ma vie. Mes goûts. Et leur banalité frappante.)

Fake your death. Les imperfections d’une démo, une réalité qui a rattrapé les paroles, la teinte des adieux. La réalisation que ce sera la dernière fois de ma vie que j’entendrai une nouvelle chanson de My Chemical Romance. Les images du “clip” défilent, les souvenirs se superposent. Il y a 7 ans, je n’étais pas la même personne, je n’avais pas la même vie, ni les mêmes ambitions. De la gouaille punk des vampires à l’electro-rock des killjoys, leur évolution a souligné les étapes de ma vie, de l’adolescence à l’âge adulte. De la même façon que vos parents vous tiennent la main lorsque vous êtes enfant, puis, un beau jour, vous laissent marcher seul. My Chemical Romance a réalisé la prouesse de tenir la main à des milliers d’adolescents perdus, qui attendaient seulement qu’on leur indique le chemin, leur chemin. Ils ont fait leur travail, et bien plus. C’est peut-être une aventure qui se termine, mais pour personne ce n’est la fin du chemin. Ils nous ont armés pour continuer, pour regarder en avant. Pour ne pas avoir peur de marcher seul.

My Chemical Romance, “the life-saving band”.

Merci.

(17/02/2014)

Cet espionnage qu’on a laissé entrer dans nos vies.

A l’annonce de la surveillance massive des communications téléphoniques des Français par la NSA, à raison de 70,3 millions d’enregistrements de données téléphoniques entre le 10 décembre 2012 et le 8 janvier 2013, je me suis tout d’abord demandée pourquoi je n’étais pas choquée. 70,3 millions d’enregistrements en un mois, un chiffre colossal. A faire froid dans le dos. Et pourtant, je n’ai pas été indignée par cette entrave flagrante à la vie privée, cette menace Orwellienne planant au-dessus de nos têtes, que l’opinion publique a rapidement associée à la figure de Big Brother.
Cette absence de réaction de ma part m’a interpellée. Certainement, une aspirante au métier de journaliste, fervente défenseure de la liberté d’expression, de la lutte contre la discrimination et amoureuse enragée de la liberté au sens large, aurait dû ne serait-ce que froncer les sourcils. Non. Ce qui m’a interrogée, ce sont les conséquences sur les relations diplomatiques franco-américaines. Une poussée d’anti-américanisme de la part du peuple Français, trop heureux de pouvoir à nouveau descendre leur cible favorite. La porte ouverte à de nouveaux discours des partis extrémistes, et quelques points de popularité supplémentaires dans leur cagnotte. Un fait de plus à imputer à l’inaction du gouvernement, décriée par la population. Un problème supplémentaire dans le schmilblick.
Mais le fait que ma vie privée puisse être espionnée, non. Le fait est que je suis de la génération Y, et que cela implique pas mal de choses. Une génération de pionniers adolescents découvrant, sans guide ni baudrier, Internet et ses méandres. Un outil aux utilisations exponentielles, une bombe nucléaire moderne, sans mode d’emploi. Un étalage de données personnelles à outrance, une exhibition précoce et démesurée, un couteau tendu à n’importe quel agresseur désireux de trouver une cible facile.
Je suis donc habituée à l’espionnage. Cette revanche contre Narcisse, cet accord implicite et grisant avec l’agresseur potentiel, ce pari fou, cette dernière marge de liberté d’expression qu’il nous reste, paradoxalement surveillée à l’extrême. Les réseaux sociaux ne sont pas une fenêtre ouverte sur le monde. Ils sont une baie-vitrée intégrale donnant sur la chambre de chaque adolescent s’exposant sur les réseaux sociaux, dévoilant sa vie tout en sachant parfaitement que son identité virtuelle sera scrutée dans les moindres détails par son cercle de connaissances, par ses camarades de classe, et parfois par des inconnus, dangereuxc ou non. Scrutée, jugée, et parfois utilisée contre lui. Un niveau que, selon les sources publiques, la NSA n’a pas encore atteint.
Intellectuellement parlant, je ne considère pas l’espionnage de la NSA comme quelque chose de normal. N’étant pas adepte des théories du complot, j’ai toutefois du mal à croire que nos dirigeants soient de blanches oies innocentes et ignares quant à ces exactions. Même le commun des mortels n’est pas né de la dernière pluie, alors pourquoi eux le seraient ?
Mais au fond de mes tripes, je suis juste blasée. D’un côté, un espionnage contesté, certes pas aussi glamour que les aventures de James Bond, certainement immoral, pas surprenant pour autant. De l’autre, des millions d’informations lues, par des milliards de “citoyens-espions”, chaque jour, sans que personne ne lève le petit doigt. Dans l’ensemble, des situations relativement similaires. Nous avons accepté l’espionnage dans notre culture, comme on accueille un nouvel ami. Nous nous sommes ouverts à lui, nous lui avons raconté notre vie, n’en demandant pas trop sur cet individu restant réservé sur sa vie à lui. Nous n’avons pas voulu le bousculer, ce nouvel arrivant dans nos vies. Nous lui avons laissé le temps de s’adapter, de s’installer, de prendre ses marques, de se familiariser avec notre entourage. Nous lui avons présenté des amis, nous avons fait tout notre possible pour lui plaire. Et du jour au lendemain, nous avons réalisé que nous ne pourrions plus vivre sans lui. « La lutte était terminée. Il avait remporté la victoire sur lui-même. Il aimait Big Brother. »

(21 octobre 2013)

J’ai vu la France.

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J’ai vu la France. Celle que je veux voir prospérer, celle que j’espère pour le futur, celle qui m’a fait courir acheter du papier à lettres dans un tabac-presse avant que cette merveilleuse étincelle ne s’échappe de ma mémoire.
De tels moments ne se produisent que peu de fois dans une vie. Un concours de circonstances, un croisement d’existences uniques qui, à un moment précis, créent une mystérieuse et merveilleuse alchimie.
Un sas de TGV, des strapontins occupés et des bagages qui menacent de s’effondrer sur les passagers. A l’approche du prochain arrêt, plusieurs personnages affluent dans cet espace confiné. Deux enfants, un frère et une soeur, jouent et se chamaillent. Ils ont manifestement des origines nord-africaines; mon incapacité à distinguer des peuples pourtant bien différents me frappe douloureusement. Une religieuse en habit s’excuse auprès d’un jeune homme pour avoir légèrement poussé sa jambe en reculant. Celui-ci, dont le marcel gris laisse apparaître quelques tatouages sophistiqués (si, un crâne de taureau c’est sophistiqué), des lunettes noires à bord épais vissées sur le nez, les cheveux s’élevant élégamment au-dessus de côtés rasés, lève les yeux et sourit en disant qu’il “n’y a pas de mal”.
Face à lui se tient une petite fille voyageant seule. Elle doit seulement avoir un petit peu plus d’une dizaine d’années, et pourtant elle tient déjà sa valise avec la détermination d’une business woman. Les deux enfants jouent toujours, sous le sourire bienveillant de la religieuse. Un sourire contagieux qu’un vieux monsieur, s’étant absenté quelques instants, adresse à notre jeune business woman qui a retenu sa valise en manque d’équilibre. Mon regard vagabonde de personnage en personnage, m’arrêtant sur les particularités de chacun, sur des détails que les discours politiques et la vie, simplement, m’ont forcée à repérer au fil des années: la peau mordorée de la petite fille, le voile de la mère des enfants, celui de la religieuse, le style original du jeune homme, le gris des cheveux du monsieur contrastant avec sa peau foncée, un père et sa fille attendant plus loin dans le couloir, ainsi que l’absence d’une mère à leurs côtés. Cette multitude de carnations, de religions, de vies et d’histoires que je ne peux que supposer font soudain éclore devant mes yeux la beauté de la France d’aujourd’hui. Celle que les partis extrémistes refusent de voir, celle du sourire, de la cordialité, de l’échange, du partage, de la fraternité. Fraternité, partie intégrante d’une devise martelée avec le plus de force par des partis les moins capables de la reconnaître.
Au moment de descendre, le vieil homme me prie de passer devant lui, avec un “Après vous, Madame” aux airs de vieille France galante. Une France qui ne sait plus accueillir, plus partager, et qui se referme lentement sur elle-même. Une France qui perd son identité, mais pas pour les raisons qu’on nous donne. Mon espoir est que de merveilleux moments comme celui-ci, aussi fugaces et futiles soient-ils, marquent d’autres esprits et ouvrent d’autres yeux que les miens, car c’est cette France pour laquelle je veux me battre.

(21 août 2013)

Le Hellfest, review d’une accro pourtant pas metalleuse.

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(25 juin 2013)

Bon, je l’avoue, j’ai un péché mignon pour les basses (et les bassistes, SOIT.). Pourtant, je n’ai pas vraiment de metal dans mon iPod. J’ai beau faire le tour, il y a beaucoup de groupes, des glorieux, des moins glorieux, pas un dont j’ai honte, la musique, c’est une question de goûts, mais pas de metal, non. D’ailleurs, j’ai même du regarder sur Wikipedia si on mettait l’accent aigu ou non. Pourtant, le Hellfest, c’est mon péché mignon. Alors les mentalités ont changé, ou mes interlocuteurs aussi, et certes, dire que je vais au festival de l’Enfer ne provoque plus les mêmes réactions qu’il y a quelques années. (Ca ne fait pas non plus dix ans que j’y vais, juste trois.) “Toi, une fille, aller au Hellfest ? *petit rire* Non, mais, sérieusement ? T’as vu les invasions de gothiques dans Clisson ? C’est pas que des gros bourrins, t’as pas peur ?” Alors non, ça je n’ai jamais eu peur. La première fois que j’y suis allée, j’ai eu l’impression de débarquer à Woodstock, remarque que j’ai relue dans un autre article il n’y a pas très longtemps. Il y a plus de gens déguisés en Bob l’éponge que de gothiques, déjà. L’ambiance est détendue, il y a pas mal de familles, et on dirait une grande bande de Canadiens qui s’excuse dès qu’on s’approche un peu trop près de vous ou on vous bouscule. Et puis bah quand un mec défoncé se sert glorieusement dans votre assiette de frites, vous n’allez pas lui mettre une baffe non plus. Déjà, vous auriez plus mal que lui, et puis il a bien un ami qui va venir le rechercher pour le diriger ailleurs, et rien ne sert de s’énerver. Et ça, tout le monde l’a bien compris. Les gens sont là pour l’amour de la musique, pour passer un bon moment avec des gens qui eux aussi veulent passer un bon moment, et aussi simple que ça puisse paraître, ça fonctionne. Alors oui, après une certaine heure, certains sont passablement éméchés, et un souvenir que je chéris tout particulièrement est un jeune homme qui était tout content de me montrer le chaton sur son briquet. Vous allez me dire, payer 80€ pour observer les gens, c’est un peu léger non ? Certes, ça le serait. J’ai eu la chance de tomber chaque année sur un jour avec une programmation plus calme, correspondant plus à mes goûts musicaux (oui, je m’en fous de ceux qui râlent chaque année sur la page du festival parce que ce ne sont que des vieux qui passent sur les Main Stage), et donc de voir des groupes mythiques comme Scorpions, Thin Lizzy, Apocalyptica, Guns’N’Roses, UFO, Hammerfall, ZZ Top, Kiss, et j’en oublie sûrement. La première fois que j’ai foulé les terres de l’Enfer, je n’avais pas beaucoup de festivals à mon actif, juste une fois La Nuit de l’Erdre, vite fait, mais alors très très vite fait hein. J’ai été émerveillée. Comme je l’ai déjà dit, j’avais l’impression de revivre Woodstock, assise sur l’herbe en écoutant un groupe mythique. Maintenant, après avoir testé le Main Square, Rock en Seine, et les Vieilles Charrues, ce qui n’est pas extraordinaire comme palmarès mais constitue un petit éventail, je me rends compte que ma première impression était la bonne. Je n’ai retrouvé cette ambiance nulle part ailleurs, et je le dis, je le répète: si l’Enfer ressemble à ça, j’y cours.

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Mud. Un film couleur d’ocre, surnom, nom d’un des protagonistes. Une atmosphère lourde et stressante, surtout quand on n’a pu s’empêcher de lire “drame” sur le programme. Le jeune héros, Ellis , nous entraîne dans sa propre quête sur la réalité de l’amour. Tiraillé entre des parents sur le point de se séparer et un vagabond qui a passé sa vie à attendre son premier amour, il choisit avec son pote Neckbone d’aider Mud à échapper à des chasseurs de prime. Je n’aurais pas voulu le voir autrement qu’en VO, l’accent de l’Arkansas ajoutant un côté brut de décoffrage se mariant parfaitement avec l’histoire. Le scénario ne part pas dans des développements loufoques ou des poursuites irréalistes entre les méchants et les gentils, reste bien ancré dans le réel, et la fin demeure surprenante. Pour une fois, je suis d’accord avec les critiques, qui sont quasiment unanimes: c’est un chef-d’oeuvre.

Cacophonie

(13 mai 2013)

Le grand drame de notre temps, c’est que l’on sait tout. Tout, à tout temps, à toute heure, sur tout le monde. On sait quand on nous écrit, on sait quand on nous ignore. On sait qui on nous préfère, on sait à qui on est préféré. On en sait trop, et on n’est jamais rassasiés. Et lorsqu’on ne sait plus, c’est le drame. On a peur d’être déconnecté, d’échapper à la hiérarchie sociale, au rythme incessant des ces milliers d’aiguilles qui nous rappellent que nous ne sommes qu’un ou une parmi tant d’autres. L’individualisme n’est plus, la particularité est morte. On nous fait rentrer dans des cases maquillées en réseaux, nous ne sommes plus que des murs s’entrechoquant dans la cacophonie assourdissante qu’est devenue notre quotidien. Ce n’est plus une addiction, c’est devenu une vie.  On a oublié que l’amour est mystère, que le mystère est amour.

La Musique, avec un grand M.

(19 juillet 2012, édité le 11 décembre 2012)

Aussi loin que je me souvienne, la musique a toujours été le fil conducteur de ma vie. Des emballages en carton de guitares où je m’endormais aux concerts qui ont rythmé mon adolescence, du CD de Queen que j’essayais, du haut de mes 4 ans, de discrètement subtiliser à mon cousin, à la découverte de Pink Floyd le dimanche matin sur MCM Pop, de la profession de mes parents à celle que je veux exercer, tout a toujours été rythmé par un quelconque riff de basse, un quelconque extrait de paroles lourd de sens, un quelconque festival passé avec des personnes tout sauf quelconques. La musique est un art, un mode de vie, un échappatoire à la codification incessante de notre société à laquelle nous sommes confrontés chaque jour. La musique est un idéal d’expression et de liberté, un message contradictoire de guerre et de paix, de haine et d’amour, un condensé de vie que les critiques cherchent désespérément à estampiller de “commerciale”, “dépassée”, “à la mode”, “nulle”, “bonne”, “vraie”. La musique ne s’écoute pas seulement avec les oreilles: elle s’écoute avec les tripes. Elle appelle à nos souvenirs, à nos expériences passées, à tout cet amas de détails qui forment le tout que nous sommes. N’avez-vous jamais zappé une chanson en mode aléatoire car elle touchait un point sensible ? Notre passé formate notre expérience de la musique, et à ma connaissance il n’y a pas deux personnes au passé semblable. Alors pourquoi tenter d’imposer aux gens un genre qui ne leur convient pas ? Pourquoi dénigrer une adolescente car elle écoute un boysband, alors qu’elle détermine sa propre culture musicale ? Pourquoi regarder de haut le public d’un festival particulier ? A cause d’un code vestimentaire différent ? Qu’y a-t-il de si gênant dans le fait que quelqu’un n’adule pas le groupe que vous vénérez depuis votre plus tendre enfance ? (Au pire, ça vous laisse toujours plus de chances pour obtenir une place de concert.)

Je ne renie pas la discussion autour de la musique, et des goûts de chacun en général. Après tout, “toute la vie n’est qu’une querelle sur les goûts et les couleurs” (Ainsi parlait Zarathoustra). Loin de moi l’idée d’un jour oser contredire Nietzsche. Cependant, je trouve qu’il serait appréciable qu’il y ait plus de touches personnelles dans les critiques: en clair, au lieu de démolir l’album favori de votre voisin (ce qui peut parfois s’avérer être agréable et un délicieux défouloir, j’y consens), dites-nous plutôt ce qui vous prend aux tripes dans votre hymne personnel.